AREZKI Hacène, Climat, mensonges et propagandes, Thierry Souccar, 2010.

Petit résumé :
* Autant le dire tout de suite, si vous êtes convaincus de l’influence de l’homme sur les changements climatiques, ce livre peut, au mieux vous faire douter, au pis provoquer en vous une rage profonde. Les climato-sceptiques (appellation que l’auteur remet très justement en question :”douteraient-ils du climat ??”) y trouveront à contrario des arguments étayés pour soutenir leur thèse.
Comme il est de coutume, le livre commence par une mise en perspective historique du sujet abordé : toutefois il n’est pas ici question de dresser une histoire du climat (même si elle est brièvement abordée) mais plutôt une histoire du traitement littéraire, scientifique et médiatique du climat.
Au travers de cette première partie, Arezki attire particulièrement l’attention sur les perceptions et prévisions climatiques changeantes depuis la révolution industrielle. Il apparaît lors de cette revue historique que, sur une période de 150 ans (de la révolution industrielle à nos jours), les scientifiques ont successivement prévu un refroidissement (avant 1925), un réchauffement (1925-1950), un refroidissement (1950-1970), et actuellement un réchauffement (1970-...)
Bien évidemment, cette inconséquence des prévisions climatiques constitue la première raison légitime de douter des projections actuelles.
Pourtant, pour pallier à ce scepticisme, des groupes d’experts se sont à plusieurs reprises réunis afin de dresser un constat clair de la situation et des évolutions attendues : le GIEC.
Mais ici aussi, le doute est permis : les membres du GIEC sont nommés par les Etats, seuls 20 % des membres sont des scientifiques ayant une connaissance reconnue en climatologie et leurs conclusions sont généralement fort nuancées ou modifiées à la convenance de l’un ou l’autre Etat.
Pouvons-nous dès lors affirmer sur bases de ces rapports qu’il y a bien un réchauffement climatique ? La suspicion d’une manipulation subsiste.
* Voilà, maintenant que vous doutez... Il faut vous fournir les preuves que les évolutions climatiques actuelles ne sont pas occasionnées par l’activité humaine mais qu’elles sont simplement la résultante du cycle naturel de la planète.
Ainsi l’auteur, illustrant ses propos par de nombreux avis et études scientifiques, va remettre successivement en perspective, l’augmentation des températures, la fonte des pôles et des glaciers, la montée du niveau des océans, le ralentissement présumé du Gulfstream et les événements climatiques violents (cyclones, tornades, etc...).
Ainsi son jugement est sans appel, non seulement les événements actuels ne sont pas uniques dans l’histoire (l’optimum médiéval, notamment, constitue un précédent pour nombre de ces fluctuations climatiques) mais de plus il n’y a ni ampleur, ni vitesse exceptionnelle dans l'avènement de ceux-ci.
En outre par une critique éclairée des calculs et prévisions du GIEC, l’auteur déplore que les données parfois lacunaires des périodes plus anciennes soient systématiquement écartées lorsqu’elles contredisent l’éventualité d’un réchauffement climatique, mais conservées lorsqu’elles permettent de confirmer cette éventualité.
Enfin, se basant sur de nombreuses autres études, il semble même que sur le long terme nous soyons dans un période de réajustement climatique faisant suite à l’ère du “petit âge glaciaire” ayant marqué les derniers siècles : une sorte de retour à la normale en somme pour lequel l’influence des activités humaines n’est pas non-plus établie !
* Quel intérêt y aurait-il dès lors à travestir la réalité ? Quels sont les enjeux politiques ou économiques qui se cacheraient derrière le cri alarmiste du GIEC ? Ces questions sont soulevées dans la troisième partie du livre.
Il est courant de considérer les scientifiques climato-sceptiques comme étant à la solde des lobbies pétroliers... mais les cris alarmistes du GIEC ne sont-ils pas eux-mêmes la manifestation d’une autre forme de lobby ? Arezki nous soumet quelques pistes non-dénuées d’intérêt :
Lorsque l’on recherche d’où provient le financement des recherches universitaires (contribuant aux rapports du GIEC), ne doit-on pas s’étonner de trouver des entreprises telles qu’Areva (active dans l’énergie nucléaire) ou encore de gros actionnaires d’entreprises spécialisées dans la construction d’éoliennes ? La nécessité de réduire nos émissions de CO² en remplaçant les véhicules anciens et plus polluants par des modèles plus récents et hybrides (largement soutenue par les Etats) n’est-elle pas en fait l’expression d’une volonté de relancer l’industrie automobile ? : d’autant qu’il n’est nullement certain que les gains en consommation compensent les émissions émanant de la production de ces nouveaux véhicules. Est-ce vraiment par crainte d’un réchauffement climatiques que nous sommes poussés à renoncer à l’utilisation du pétrole ou est-ce une volonté des pays occidentaux d’alléger leur dépendance énergétique vis-à-vis de l’OPEP ? Lorsque les pays industrialisés achètent des terres aux pays les plus pauvres afin d’y cultiver des plantes destinées à produire des bio-carburants, est-ce vraiment par souci écologique ou pour s’assurer que ceux-ci resteront dépendants des grandes entreprises agro-alimentaires pour subvenir à leurs besoins ?
Même l’attitude du prix Nobel, Al Gore, est sujette à caution tant il est le premier bénéficiaire, comme fondateur du CCX (Chicago Climate Exchange : Bourse d’échange des quotas d’émission de CO²), du système mis en place par le protocole de Kyoto. Il profite par l’intermédiaire du CCX des spéculations qui ont lieu sur le marché d’échange des quotas de CO², spéculations auxquelles s’adonnent (ou se sont adonnés) de grands organismes bancaires comme Lehman Brothers ou encore Goldman Sachs... Profitant du retentissement planétaire de son docu-fiction “une vérité qui dérange” (duquel il tire de substantiels revenus), Al Gore n’hésite à facturer ses interventions lors de colloques et conférences à hauteur de 200.000 $ !
Bien loin donc l’image véhiculée, Al Gore fait figure de “jet-setter écologiste” que Arezki définit comme suit : “des personnalités hollywoodiennes qui roulent en voiture hybride pour se rendre sur le parking de leur jet privé”.
Ces critiques vis-à-vis des réchauffistes (comme les nomme Arezki) peuvent paraître n’être le fait que de quelques personnes marginales, mais c’est plutôt le manque de visibilité médiatique et l’absence de débat qui minimiserait l’importance des climato-sceptiques selon l’auteur. Il déplore la recherche du sensationnalisme dans les médias qui les incite à préférer le scénario catastrophe du réchauffement climatique anthropique à l’explication cyclique des phénomènes naturels.
* Puisque réchauffement climatique il n’y a pas (tout au plus une légère augmentation cyclique de 1970 à 2003), se pourrait-il que l’augmentation de CO² (provenant de l’activité humaine) n’ait qu’une influence minime (voire aucune) sur le climat ? Doit-on chercher ailleurs les causes des oscillations modérées du climat ? Peut-on trouver d’autres alternative scientifiques ? Voici les questions qu’Arezki aborde dans la quatrième partie de son livre.
Développant ici d’autres théories explicatives de la variabilité naturelle du climat, Arezki analyse l’hypothèse que les activités anthropiques ne seraient finalement que très marginales comparées à l’ampleur des processus naturels : ces mêmes processus naturels qui auraient produit une légère hausse des températures durant une trentaine d’année et qui, depuis 2003, sont responsables d’un refroidissement général.
* Arezki dénonce donc les conclusions controversées et anxiogènes émanant du GIEC ainsi que les lobbies agissant directement sur ces comités d’”experts”. Mais il se défend d’être anti-écologiste soutenant même qu’il y a de nombreuses préoccupations légitimes en matière d’environnement, mais que subordonner celles-ci à la seule question du réchauffement climatique est un nons sens. Il termine d’ailleurs son ouvrage en citant Hervé Kempf : “l’écologie n’a pas besoin du réchauffement climatique pour affirmer ses exigences” !
Mon avis :
La société actuelle est très prompte à critiquer ou douter du prêt-à-penser que lui délivrent les organismes officiels... en toute matière, sauf lorsqu’il s’agit des cris alarmistes du GIEC.
Il n’est pas ici question pour moi de prendre position sur l’existence ou pas du réchauffement, mais il me semble fort intéressant, face à l’abondance de la littérature décrivant de quelle manière nous nous dirigeons vers une catastrophe climatique, d’y opposer la vision moins dramatique de ceux qui défendent la thèse de la variabilité naturelle.
A lire donc...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire